Vyrus 987 C³ 4V : une superbike de 159 kg propulsée par un moteur Ducati et équipée d’une direction à moyeu central

Présentée à Vérone en 2009, la Vyrus 987 C³ 4V pousse l’idée de superbike exclusive très loin : un moteur Ducati de 1 198,4 cm³, un poids à sec annoncé de 159 kg et une roue avant guidée par une direction à moyeu central. Son allure ne doit rien à un habillage spectaculaire destiné à masquer une mécanique ordinaire. Ici, le châssis innovant, les bras oscillants apparents et les commandes inhabituelles racontent une autre manière de concevoir une moto sportive.
Conçue en petite série dans l’atelier de Rimini d’Ascanio Rodorigo, elle mêle héritage de la compétition, recherche technique et fabrication presque artisanale. Les chiffres de puissance varient selon les versions et les équipements, ce qui reflète cette approche personnalisée : la fiche historique retient 165 bhp, tandis que des essais d’époque évoquent autour de 184 ch, et jusqu’à environ 194 ch sur une machine préparée. Cette diversité n’affaiblit pas son attrait ; elle rappelle plutôt que la 987 C³ 4V fut une machine configurée pour des propriétaires prêts à sortir des sentiers battus.
Vyrus 987 C³ 4V : le moteur Ducati au cœur d’une superbike radicale
La Vyrus 987 C³ 4V naît d’une association particulièrement éloquente : un moteur Ducati issu de la 1098R et une partie-cycle développée par un petit constructeur italien décidé à remettre en question les recettes habituelles. Malgré son appellation, le bicylindre Testastretta Evoluzione de la Ducati 1098R affiche une cylindrée réelle de 1 198,4 cm³. Ce L-twin à 90 degrés, refroidi par liquide et doté de quatre soupapes par cylindre à commande desmodromique, appartient à une famille conçue avec la compétition en ligne de mire.
Le moteur apporte à la Vyrus une réponse mécanique à la hauteur de son apparence. Sa puissance dépend de la configuration retenue : les données historiques de la marque mentionnent 165 bhp, tandis que plusieurs sources de l’époque citent environ 184 ch. Un exemplaire essayé avec une cartographie Vyrus et une ligne de course Zard aurait atteint près de 194 ch, preuve que les équipements choisis pouvaient transformer sensiblement le caractère de la machine.
Une telle réserve de puissance prend une autre dimension lorsque le poids à sec s’établit à seulement 159 kg, soit environ 350 livres. Le rapport entre masse et puissance promet des accélérations particulièrement vives, mais il exige aussi du pilote une vraie précision dans la gestion des gaz. Imaginez une sortie de virage sur circuit : le bicylindre délivre son couple avec vigueur, tandis que la légèreté de l’ensemble rend chaque sollicitation immédiatement perceptible.
La boîte à six rapports et l’embrayage à sec complètent une transmission pensée dans un esprit sportif. Le réservoir de 12 litres, lui, souligne que les priorités ne sont pas celles d’une routière destinée aux longues étapes. La 987 privilégie la performance et la compacité plutôt qu’une autonomie généreuse ou le confort d’un usage quotidien.
Pour lire les chiffres sans les confondre, il faut distinguer la configuration de référence des versions préparées. Les différences de puissance ne décrivent pas nécessairement une erreur : elles tiennent aux échappements, à l’électronique et aux choix propres à chaque client. C’est l’un des aspects essentiels de cette superbike, dont les caractéristiques sont moins uniformes que celles d’une production industrielle de grande série.
| Élément | Donnée de référence |
|---|---|
| Moteur | Bicylindre en L Ducati, refroidi par liquide |
| Cylindrée | 1 198,4 cm³ |
| Alésage et course | 106 × 67,9 mm |
| Puissance annoncée selon les versions | 165 bhp à environ 194 ch pour une préparation d’essai |
| Poids à sec | 159 kg |
| Transmission | Boîte à six rapports, embrayage à sec |
| Production rapportée | 25 exemplaires |
La fiche technique donne donc une base, mais ne résume pas l’expérience. Pour comprendre ce qui rend la 987 singulière, il faut regarder au-delà du moteur et examiner la façon dont sa roue avant est suspendue et orientée.

Direction à moyeu central : le choix technique qui distingue la Vyrus 987
Sur une moto conventionnelle, la fourche télescopique assure à la fois le guidage de la roue avant et une partie majeure de sa suspension. Lors d’un freinage appuyé, elle s’enfonce ; cette plongée modifie l’assiette et influe sur la géométrie de direction. La Vyrus 987 C³ 4V sépare davantage ces fonctions grâce à une direction à moyeu central : un bras oscillant en aluminium porte la roue, tandis qu’un ensemble de biellettes transmet le mouvement du guidon à un mécanisme situé dans le moyeu.
Cette architecture ne supprime pas les transferts de charge, mais elle permet de limiter l’interaction entre freinage, suspension et direction. En théorie, la moto peut conserver une assiette plus constante lorsque le pilote freine fort, tandis que la suspension continue de travailler sur les irrégularités. Sur une piste bosselée, ce principe peut offrir un comportement différent d’une fourche qui plonge et se comprime simultanément sous l’effet des mêmes contraintes.
La géométrie réglable renforce l’intérêt de la conception. Les données historiques indiquent un angle de chasse ajustable d’environ 18 à 24 degrés et une chasse comprise entre 80 et 105 mm. Ces plages donnent à un préparateur la possibilité de modifier la vivacité ou la stabilité selon le circuit, les pneus et les préférences du pilote, plutôt que de figer entièrement le comportement de la moto.
Il ne faut toutefois pas confondre sophistication et facilité immédiate. Les essais d’époque décrivent une direction plus lourde à basse vitesse qu’une moto équipée d’une fourche classique, avec un rayon de braquage peu adapté aux manœuvres urbaines. Une pilote qui sort d’un parking étroit peut donc trouver la Vyrus moins docile qu’une sportive conventionnelle ; lancée à vitesse élevée, la sensation change et la stabilité devient l’un de ses traits marquants.
Ce contraste explique pourquoi la technologie n’a pas remplacé les fourches télescopiques. Les systèmes à moyeu ajoutent des articulations, des roulements et des biellettes entre les commandes du pilote et le pneu avant. Ils demandent une mise au point exigeante, tandis que les fourches modernes ont bénéficié de décennies de développement, de réglages accessibles et d’une grande familiarité pour les pilotes. La solution de Vyrus ne prétend donc pas être universelle ; elle explore un compromis différent.
L’expérience rapportée par un journaliste ayant essayé en 2010 une machine appartenant à un client illustre cette dualité. Dans une configuration très radicale, avec pneus slicks, roues de course et près de 194 ch, l’avant demandait une adaptation à faible allure, mais inspirait une remarquable sérénité lors des freinages rapides. Le choix du système prend tout son sens quand le pilote accepte d’apprendre ses réactions au lieu d’attendre les sensations familières d’une fourche.
Sur cette machine, la direction à moyeu central n’est pas un argument décoratif : elle impose une autre lecture du comportement et donne au projet son identité mécanique. Cette logique s’étend au reste de la structure, où presque rien ne ressemble à un cadre de moto classique.
Châssis innovant Vyrus : une structure Omega autour du moteur Ducati
En observant la 987, l’œil cherche spontanément un cadre tubulaire ou deux longerons familiers. Il trouve plutôt une structure centrale composée de plaques d’aluminium usinées par commande numérique, dessinées en forme d’oméga. Ces pièces relient les principaux éléments de la moto et accueillent les ancrages des bras oscillants, tandis que le moteur participe à l’organisation générale de l’ensemble. Le résultat est une architecture compacte où la mécanique reste largement visible.
Cette approche prolonge la réflexion de Vyrus sur la partie-cycle, elle-même inscrite dans une histoire italienne plus large. Bimota avait popularisé une autre voie avec la Tesi, née des travaux universitaires de Pierluigi Marconi sur une alternative à la fourche télescopique. Ascanio Rodorigo a travaillé dans l’environnement motocycliste de Rimini, notamment à l’époque de Massimo Tamburini chez Bimota, avant de développer sa propre activité d’ingénierie en 1985.
À travers son atelier, Rodorigo a progressivement donné une forme personnelle à ces idées. Les premières Vyrus du début des années 2000 associaient déjà un moteur Ducati refroidi par air à une silhouette laissant apparaître le moteur entre les bras avant et arrière. La 984 utilisait un bicylindre deux soupapes refroidi par air ; la 985 passa au Testastretta liquide de la Ducati 999R. La 987 poursuit cette évolution avec le moteur plus puissant de la 1098R.
Le gain de compacité a un prix : chaque élément doit trouver sa place autour du bloc moteur. Le bras avant occupe une partie de l’espace que les constructeurs réservent habituellement à un radiateur frontal volumineux. Vyrus a donc adopté une disposition compacte à double radiateur monté bas, afin de gérer le refroidissement sans renoncer à l’implantation singulière de la suspension.
Le carbone est employé pour les pièces de carrosserie et certaines prises d’air, mais il ne recouvre pas l’essentiel de la moto. C’est un choix qui sert autant la masse que l’identité visuelle : échappement, suspensions, biellettes, bras oscillants et usinages restent exposés. Là où une sportive carénée masque volontiers ses organes, la Vyrus fait de leur assemblage un élément central de son attrait.
Cette structure a aussi une conséquence pratique pour l’entretien. Les composants visibles facilitent l’observation de l’architecture, mais la rareté du modèle et la spécificité de ses pièces rendent l’intervention moins comparable à celle d’une moto produite en milliers d’exemplaires. Pour un propriétaire, l’accès à un spécialiste et la compréhension des réglages font partie du projet autant que le choix d’un échappement ou d’une finition.
La Vyrus ne cherche donc pas seulement à gagner des kilogrammes : elle redistribue les fonctions et assume pleinement ce que cette décision implique. Son châssis innovant se comprend mieux comme un système cohérent, depuis les points d’ancrage du moteur jusqu’à la roue avant, que comme une simple curiosité de design.

Vyrus 987 C³ 4V sur la route et sur piste : une moto sportive exigeante
Les témoignages d’essai disponibles décrivent une moto qui ne cherche pas à se rendre immédiatement familière. Sur la machine évaluée près de Rimini en 2010, l’équipement était proche de la compétition : roues forgées Marvic de 16,5 pouces, pneus slicks Pirelli, échappement Zard et cartographie spécifique. L’exemplaire n’avait même pas les feux ni les rétroviseurs nécessaires à une utilisation routière normale, ce qui rappelle que les configurations différaient fortement d’un propriétaire à l’autre.
Dans cette préparation, le bicylindre de 1 198 cm³ délivrait une poussée décrite comme brutale, surtout lorsque le pilote exploitait le premier rapport. Une telle réponse dans une moto de 159 kg à sec réclame une main précise et une bonne anticipation. Ce n’est pas une puissance abstraite inscrite sur une fiche : elle modifie la façon de remettre les gaz, de choisir le rapport et de maintenir une trajectoire propre en sortie de virage.
Le freinage met particulièrement en lumière la personnalité du train avant. Le système de freins Brembo monoblocs peut être sollicité avec force sans que la suspension avant se comporte comme une fourche traditionnelle en plongée. Sur une succession de bosses, cette séparation des rôles permet au bras et à son amortisseur de continuer à absorber les irrégularités pendant le freinage, selon les impressions rapportées par l’essayeur.
À faible allure, en revanche, les manœuvres demandent de l’anticipation. La direction paraît moins légère et le rayon de braquage ne favorise pas les demi-tours serrés ; un trajet ponctué de stationnements ou de circulation dense n’exploite guère les qualités de conception de la machine. Sur circuit ou sur une route dégagée, le pilote dispose de l’espace nécessaire pour s’adapter et tirer parti de sa stabilité.
L’électronique proposée pouvait comprendre un contrôle de traction réglable, plusieurs cartographies moteur, un départ assisté et un limiteur de vitesse pour la voie des stands. Mais là encore, l’équipement n’était pas uniforme : l’exemplaire très puissant cité dans un essai aurait roulé sans son contrôle de traction. Cette absence transforme le pilotage, car l’électronique ne peut alors corriger une ouverture des gaz trop optimiste.
Pour un motard habitué aux superbikes actuelles, l’écart de philosophie demeure instructif. En 2026, les aides électroniques, les centrales inertielles à six axes et les suspensions pilotées sont devenues des références sur le haut de gamme. La Vyrus appartient à une période où la performance s’exprimait aussi par une architecture mécanique atypique et par une mise au point individualisée, plutôt que par une profusion d’assistances standardisées.
Elle convient donc davantage à un passionné qui recherche une expérience singulière qu’à celui qui veut une sportive facile pour tous les jours. La récompense, pour un pilote prêt à s’adapter, est une relation différente au freinage et à la stabilité ; la contrepartie est une prise en main qui ne pardonne pas l’improvisation.
La 987 montre ainsi que la haute performance ne se réduit ni à la puissance maximale ni au chiffre de vitesse de pointe. Elle dépend aussi de la cohérence entre moteur, pneus, géométrie et expérience du pilote, un équilibre que l’atelier Vyrus laissait largement personnaliser.
Production artisanale et versions de la Vyrus 987 : rareté et évolutions
Vyrus n’a jamais fonctionné comme un grand constructeur disposant d’une gamme uniforme et d’un parc de motos de presse standardisé. Les machines étaient assemblées en très petit nombre, souvent selon les choix du client, avec des différences possibles de finition, de roues, d’électronique et d’échappement. La production de la 987 est rapportée à seulement 25 exemplaires, ce qui en fait aujourd’hui une moto rare, mais aussi un modèle dont les spécifications doivent être lues en tenant compte de chaque configuration.
La fiche historique de référence fournit un point de comparaison utile : moteur liquide Ducati de 1 198,4 cm³, boîte à six rapports, 159 kg à sec, empattement de 1 400 mm et réservoir de 12 litres. La puissance y apparaît selon les sources comme 165 bhp ou autour de 184 ch, tandis qu’une préparation de course essayée à l’époque aurait avoisiné les 194 ch. Ces chiffres décrivent des niveaux d’équipement différents, et non une seule valeur applicable à toutes les motos sorties de l’atelier.
La personnalisation s’étendait au choix des matériaux, des finitions, des roues et des systèmes électroniques. Pour un acheteur, la discussion avec l’atelier faisait partie de l’acquisition : le résultat pouvait privilégier une machine plus proche de la route ou une configuration plus radicale. Cette relation directe contribue au caractère de la 987, mais complique les comparaisons entre deux exemplaires et la recherche de pièces adaptées plusieurs années plus tard.
La variante suralimentée, désignée 987 C3 4VV ou 4V V selon les publications, pousse encore plus loin cette logique. Les données d’époque lui attribuent environ 211 bhp et près de 200 Nm grâce à un compresseur Volumex, pour une masse à sec citée entre 154 et 158 kg. Des articles contemporains évoquaient un prix voisin de 65 000 euros, mais les sources ne permettent pas d’établir précisément le nombre d’exemplaires achevés ; les informations disponibles indiquent une offre en très petite quantité, puis l’arrêt de cette version autour de 2013.
Les chiffres spectaculaires de la 4VV ne doivent pas faire oublier l’intérêt de la version atmosphérique. Avec son moteur Ducati déjà très puissant et sa masse réduite, la 987 standard possède une identité complète sans recourir à un compresseur. La suralimentation constitue plutôt une démonstration supplémentaire de ce que l’atelier était prêt à proposer à des clients en quête d’une machine hors normes.
- 987 C³ 4V atmosphérique : moteur Testastretta de 1 198,4 cm³, poids à sec annoncé de 159 kg et puissance dépendant de la configuration.
- Préparation de course documentée : environ 194 ch rapportés avec cartographie Vyrus et échappement Zard.
- 987 C3 4VV suralimentée : environ 211 bhp annoncés, couple proche de 200 Nm et masse variable selon les sources.
- Production : 25 motos sont rapportées pour la 987, sans décompte fiable et distinct des unités suralimentées.
Cette rareté donne à la Vyrus une place à part dans l’histoire de la technologie moto. En 2026, ses solutions ne sont pas devenues la norme, mais leur intérêt se mesure justement à leur audace : Rodorigo a poursuivi une voie minoritaire, influencée par l’expérience de Bimota et poussée vers une expression personnelle. La 987 reste ainsi moins une réponse universelle qu’une démonstration roulante de ce qu’un atelier indépendant peut accomplir lorsqu’il fait de l’ingénierie sa signature.
Son héritage se prolonge dans les créations ultérieures de Vyrus, dont la 988 Alyen, tout en conservant à la 987 son statut particulier de « Vyrus la plus rapide » dans l’histoire de la marque. Ce qui demeure marquant n’est pas uniquement son moteur Ducati, mais la réunion d’un poids contenu, d’une partie-cycle inhabituelle et d’une fabrication à l’échelle de l’atelier.



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